
- Ca va pas ? T’as craqué ton slip ou quoi ? -
“Oulala dis-donc Julien, t’y vas un peu fort. C’est vulgaire un peu, non ?”. Quel vilain garçon ! Oui… mais non. J’aime bien le verbe “emmerder”. D’abord, il est super agréable à prononcer. Et puis il peut résonner dans deux sens. Le cinéma américain m’emmerde dans le sens où il “m’ennuie”, c’est-à-dire “oulala, je baille…”, mais aussi dans le sens où il “m’enquiquine” (attention ça balance !).
- Tu exagères. De toute façon, tu exagères toujours ; t’es qu’un aigri. -
Avant de commencer à dégouliner mon avis sur la chose, je tiens à préciser qu’en aucun cas je ne crache dans la soupe.
Autant je trouve la phrase précédente hilarante si je ne continue pas le raisonnement, autant je… me dois de continuer le raisonnement… Je disais donc “je ne crache pas dans la soupe”. Bien sûr Hollywood a quelque chose de grandiose. Il a permis d’exprimer de grandes idées, de nous faire voyager, trembler, pleurer, sursauter et il produit des films à nous couper le souffle. Certes. Mais ce qui me désole c’est la facilité avec laquelle l’industrie se conforte dans ces modèles, dans un seul format, dans un vernis hollywoodien sans jamais (ou si peu souvent) prendre de risques, sans changer la recette.
- Et d’ailleurs c’est quoi cette enflamme soudaine ? -
VI ) A ) 1-1-1-1-1-a C’est pas nouveau.
Ce n’est pas vraiment une réflexion nouvelle au fin fond de mon crâne mais cette année passée en Angleterre n’a fait que grossir le trait de cette vague idée, ou plutôt de ce vague sentiment. En effet, j’ai fait pas mal d’aller-retours Angleterre-France cette année, et à chaque fois j’ai été choqué par le nombre de films au cinéma en France. Certaines semaines plus du double de pellicules se partagent l’affiche par rapport aux salles anglaises. C’est très surprenant. La différence ? Le cinéma français. Alors si c’est ça le fruit de l’exception culturelle française je tire ma révérence à ses instigateurs. Chapeau bas messieurs les instigateurs qui instiguent !
VI ) A ) 1-1-1-1-1-b Charlie St-Cloud, ou comment Zac Efron a stimulé mon côté sauvage.
C’est de sa faute aussi à lui, “la belle gueule du moment” ! Il apparaît dans un nouveau film qualifié de “drame”. Il y a quelque chose qui cloche là-dedans. Il faut que je vois la bande-annonce. Et là, les réflexions fusent…
D’après la bande-annonce (qui, soit dit en passant, à des consonnances québécoises…
), j’ai l’impression que le film pourrait attirer pas mal de monde et un public plus large que les fans habituels de Zac Efron. Mais ce film semble être trop léger pour pouvoir convaincre un grand nombre de spectateurs. Je m’explique…
En voyant la bande-annonce, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à deux de mes amis.
Le premier, attiré par la plastique du jeune éphèbe sera probablement tenter d’aller jeter un rapide coup d’oeil dans une salle obscure et reviendra fièrement avec une critique vive et tranchée sur le ‘navet américain’ qu’il aura vu. Ou peut-être n’ira-t-il pas du tout se rincer l’oeil du coup.
Le second, lui, sera peut-être titillé par cette vague histoire d’amour avec une entichée de voile et d’aventure, faisant résonner en lui un rêve non encore réalisé. Mais encore, il supposera sans doute que, malgrè une grande ligne envoûtante, l’amourette ne sera en fait qu’une succession de clichés et de conventions pour la lycéenne qui ne va jamais au ciné sans son paquet de Kleenex dans son sac à main à paillettes. Verdict : il n’ira pas le voir.
Quant à moi, il y a peu de chance que j’y aille, et pour les mêmes raisons. Ce film semble être un collage d’une mutltitude d’éléments propres à l’industrie du film à l’américaine. Un beau gosse torse-nu, pourquoi pas… Mais… Un “drame” qui se résume à un léger pincement de coeur çi et là ? Une histoire d’amour si peu différente de celles qu’on a vues et revues ? Une intrigue pas si intriguante ? Des sujets intéressants qui ne sont pas exploités et donc qui ne nous apporteront rien du tout (la mort, la fraternité, le rêve, les histoires d’amour du type “tu vas pas bien, je t’aide et ça tombe bien on a une passion en commun, la vie !”, etc.) ? Le tout m’a l’air très prévisible, bien calqué et recouvert d’un bon vieux vernis grossier à chaque plan du film, avec les mêmes jeux de caméra, les mêmes musiques aux mêmes moments, ce besoin irrationnel d’avoir de l’action partout où ce n’est pas nécessaire, etc.
- Je regrette, mais là tu exagères… -
Bon d’accord ce n’est pas vrai pour tous les films hollywoodiens et certains ont su traiter des sujets sensibles (ou non), avec un travail réfléchi et une vocation artistique. Mais je dis juste que c’est tellement vachement super méga rare, si vous voyez c’que j’veud’. Il y a une tendance à vouloir toujours tout vernir (excusez mes répétitions mais je trouve que ça résume bien mon idée, et puis après tout c’est mon blog, zut alors !) le format, d’arrondir les bords. On reprend des films français mais on n’oublie pas de les photoshoper. On scanne la photo d’un article d’un ancien journal du vieux continent. On la photoshop à souhait. On la tire sur papier brillant, très brillant et on termine par l’ajout d’un filigrane bien grossier pour que le résultat rentre dans un moule, bidon, en plastique, et qui plus est… moralisateur. L’industrie américaine semble être en permanance à la recherche de succès et pioche par-çi par-là les films qui ont marché ailleurs dans le monde pour en faire des remakes.
Prenons l’exemple d’un de nos classiques français, Le Dîner de Cons. L’adaption américaine de la comédie (Dinner for Schmucks) est sortie dans les salles américaines il y a une dizaine de jour. Même si le synopsis du film reste inchangé, la psychologie des personnages a elle été boulversée et montre qu’Hollywood peine à produire des films en demi-teintes, laissant aux spectateurs la confusion et le processus de réflexion. Non, servons plutôt de la morale sur un plateau (verni) ! Jennie Yabroff, journaliste culture à Newsweek et Elizabeth Vitanza, enseignante de français dans un lycée privée de Los Angeles, soulignent cette idée en déclarant respectivement que «L’humour au cinéma n’est pas identique des deux côtés de l’Atlantique. En France, il accepte davantage de révéler les travers et les faiblesses de la nature humaine» et que «Les grosses productions hollywoodiennes ne feront jamais de satire sociale parce qu’on aime peu ici parler des différences entre classes. Dinner for Schmucks ne reprend pas l’affrontement grande/petite bourgeoisie du Dîner de cons».
- Tu conclues quand ? Parce que là ça devient “emmerdant” comme tu dis. -
Bon ok, j’arrête. Mais en gros, ça me désole que ce soient toujours les mêmes films à l’affiche au cinéma ici, en Angleterre, et qu’une grande partie du monde doive subir ce défilé monotone et prévisible de longs métrages. On passe notre temps à éviter la satire. On ne stimule pas la réflexion et on sert de la morale à la louche, ce qui a probablement pour cause de créer (1) des gens conventionnels qui recensent les morales une par une et citent des gens comme Zac Efron ou Robert Pattinson comme on citerait du Voltaire ou du Nietzsche, et (2) des gens qui répondent à une overdose de morale par une absence de morale. C’est regrettable et tellement triste. J’ai hâte d’être de retour en France.
Ah oui, ça me fait penser : “Et le théâtre dans tout ça ! La montée des comédies musicales, la gueule de Broadway, les planches londonniennes, etc.”. Mais c’est mieux que j’arrête. Personne n’a lu l’article en entier de toute façon lol…



